Avant Elle il y
avait Rien.
Immobile. Ennuyé. Ses articulations érectiles corrodées
par l'inaction. Se languissant d'un souffle qui ne soit plus cette suffocante respiration
journalière d'air vicié, empoussiéré de rouille.
Rien s'inventait des fumées blanches de locomotive
à toute vapeur qui ne s'arrêtait jamais à la fin du trajet. Pulvérisant ce butoir
ridicule, espèce de Nabot sans tête, outrageusement prétentieux, aux énormes yeux
d'acier.
Rien attendait. Fébrile. Le marteau à la main. Des
fois qu'il trouverait un clou à enfoncer dans le mur de ses lamentations. Un message
piquant de désirs haineux, adressé à l'arrière-train des dieux illettrés. Un furoncle
forgé de temps perdu à humer ses fonds de pantalons insalubres.
De toute façon le Temps c'est ce qu'il possédait de moins
intéressant.
C'est pas comme le sautillement d'un unijambiste à la
recherche de son équilibre.
L'Équilibre. Voilà une vraie valeur.
Le Temps, sans le frétillements d'un avenir salivaire, ça
naît périmé.
Oui ! Il se périme à l'instant où il naît. Sans
consommation possible. Jamais.
Alors, pour oublier qu'il n'y avait rien à oublier, Rien
buvait de temps en temps.
Ménélas, méprisant, le regardait avec mépris. Mais Rien
n'en avait cure.
Comme les autres, au fond dans ses entrailles, il
convoitait la belle Hélène.
Quand Elle se déplaçait au milieu d'eux, Rien
observait.
Il y avait Rogius.
Un athlète de très bas niveaux, spéléologue confirmé
des puits à bave. Bronzé au jus de carotte. Dépliant ses multiples possibilités comme
d'un canif suisse. Qu'est-ce que tu veux ma poule ? avait-il l'air de dire, l'infâme
salaud. Je te coupe, te cure, te tirebouchonne, te râpe, te poinçonne
et tout ça
sur un air de guitare. Qui dit mieux ?
Alors, Willius s'interposait en trombe.
Un beau spécimen psychotique sans cesse refoulé.
Ça s'entretuait dans son intérieur saumâtre.
Et les autres ... ?